Pourquoi les questions de votre enquête en ligne doivent toutes être facultatives

“Si je crée un questionnaire en ligne, c’est bien pour obtenir des réponses, non ? A quoi me servirait un répondant qui ne répondrait pas aux questions ? Il faut donc que toutes les questions soient obligatoires !”

 

Rendre toutes les questions obligatoire, vraiment ? Réfléchissons en termes d’utilisation : pourquoi un répondant sauterait-il une question ? La plupart des outils de questionnaires sont aujourd’hui suffisamment bien conçus pour que les participants ne passent pas à côté d’une question sans s’en rendre compte. Si c’est le cas, pensez à changer de service. Mais pour être réaliste, mieux vaut oublier cette hypothèse. Si un participant saute une question, c’est volontaire. Pourquoi un participant sauterait-il une question ? Il y a deux cas de figure :

  • Il ne veut pas y répondre : imaginez-vous à sa place : vous avez vos raisons pour ne pas vouloir répondre, mais vous ne pouvez pas avancer dans le questionnaire sans répondre. Plusieurs choix s’offrent à vous :
    • S’efforcer de répondre quand même du mieux possible : pas impossible, mais pas le plus probable. Vous avez vos raisons de ne pas répondre, vous vous souvenez ?
    • Répondre au hasard pour pouvoir passer à la suite : puisque vous n’avez pas envie de donner votre réponse, pourquoi ne pas donner une réponse au hasard ? Ou écrire “azerty” dans le champ de réponse ? C’est beaucoup plus simple et au moins vous n’aurez pas donné cette réponse que vous voulez garder pour vous (ou que vous n’avez simplement pas envie de chercher).
    • Arrêter là le questionnaire : vous donnez déjà de votre temps pour répondre à ce questionnaire, et en plus on veut vous forcer la main ? Puisque c’est comme ça, autant arrêter là, non ? C’est effectivement le cas le plus probable : en rendant vos questions obligatoires, on n’obtient pas plus de réponses… mais moins.
  • Il ne peut pas y répondre : si le répondant ne se sent pas concerné, ne connaît pas ou plus la réponse ou ne se reconnaît pas dans les réponses proposées, il ne pourra pas répondre convenablement à cette question, même avec toute la bonne volonté du monde. Ses possibilités sont donc :
    • Répondre au mieux : il va probablement sélectionner la réponse qui lui semble approcher au mieux la réalité, mais souvenez-vous : il ne peut de son point de vue pas y répondre, donc sa réponse sera au mieux imprécise, au pire totalement fausse. Rendre vos questions obligatoires ne diminue pas seulement le nombre de réponses… mais également leur qualité ! Et si c’est un problème technique qui empêche le participant de répondre à cette question, il ne pourra même pas tenter de répondre au mieux.
    • Arrêter là : qu’il se refuse à donner une réponse qui viendrait fausser les résultats du questionnaire ou qu’il soit agacé par ces questions qui ne semblent pas faites pour lui, le résultat est le même : il abandonne le questionnaire.

“Tout ça est bien beau, mais qui me dit que mes participants ne pourront ou ne voudront pas répondre à une question ?”

Honnêtement ? Rien. Mais rien ne vous prouve le contraire non plus. Chez Dialoog, la création de questionnaires est notre métier, et pour autant nous ne pouvons jamais être certains à 100 % que ce cas ne se présentera pas. Il suffit qu’un répondant soit de mauvaise humeur ou à court de patience quand il commence à répondre, et il y a fort à parier qu’il trouvera rapidement une question à laquelle il ne voudra pas répondre. Votre meilleure arme ? Que toutes les questions soient optionnelles.

Lorsque vous concevez un questionnaire, gardez bien deux choses à l’esprit :

  • Les répondants vous font une faveur : peu importe si vous êtes leur client ou leur boss, en répondant sérieusement à votre questionnaire, ils mettent à votre disposition leur temps et leur réflexion. La moindre des choses est donc de leur montrer de la gratitude et de ne surtout pas leur laisser entendre qu’ils vous doivent quelque chose. C’est comme cela que peut être perçue la présence de questions obligatoires.
  • Les répondants ont le pouvoir : s’ils ne sont pas satisfaits, ils peuvent toujours avoir le dernier mot en abandonnant votre questionnaire quand ils le souhaitent.

Respectez vos participants, laissez à l’administration le monopole des questions obligatoires ! Vous serez alors en mesure de tirer le meilleur parti du temps qu’ils vous accordent.

Alors, finies les questions obligatoires ?

Pierre Simonnin
Cofondateur de Dialoog
Professionnel des séminaires collaboratifs et du questionnement.
Ingénieur des Ponts et Chaussées diplômé d’un MBA en technologie et entrepreneuriat, Pierre a notamment été consultant en stratégie, a créé une première entreprise et a conçu et supervisé de nombreux séminaires collaboratifs avant de créer Dialoog.

2 Réponses à “Pourquoi les questions de votre enquête en ligne doivent toutes être facultatives

  • Bonjour,
    Personnellement, je ne suis pas d’accord avec le fait de laisser les questions non obligatoires.
    Si le questionnaire est bien pré-testé, le répondant devrait être capable de répondre surtout si le ciblage est bien fait.
    Laisser des questions non obligatoires, c’est récupérer des questionnaires non remplis intégralement et donc perdre des traitements par la suite. Il y a aussi le fait que l’on ne peut pas savoir en temps réel où on en est car même si on a 200 réponses, elles seront peut-être toutes incomplètes.

    Donc, moi, je rends toutes mes questions en ligne obligatoires.

    Bien à vous,
    Jean-Pierre

    • Pierre Simonnin
      2 annéespassé

      Bonjour Jean-Pierre,

      Merci pour votre commentaire !

      Régulièrement sur ce blog, je défends volontairement des opinions assez extrêmes, dans le simple but de faire prendre conscience de quelques “abus”. Vous avez donc raison : en effet, toutes les questions ne doivent pas être facultatives dans tous les cas. Cependant, le cas que vous mentionnez (ciblage bien fait et questionnaire pré-testé) représente malheureusement une minorité de questionnaires… Etant passionné par le sujet, je réponds à tous les questionnaires qui me sont accessibles (et pour lesquels on ne m’explique pas que je ne suis pas dans la cible, évidemment). Vous n’imaginez pas le nombre de fois où je me suis retrouvé face à une question fermée pour laquelle aucune des options proposées ne me convenait (ou alors plusieurs me correspondaient, mais je ne pouvais en choisir qu’une). Et je ne parle pas des questions ouvertes auxquelles j’ai répondu “-“, un espace ou tout autre caractère, ou des questionnaires que j’ai dû abandonner en cours de route parce qu’on me forçait à répondre à une question à laquelle je n’avais pas du tout envie de répondre… En tant que répondant, j’avais une bien piètre opinion de la qualité de mes réponses, pourtant très probablement considérées comme absolument exactes par les personnes qui les ont analysées.

      En guise de conclusion, j’ai envie de dire que dans le cas idéal, un questionnaire a des objectifs bien définis et une cible précise, est testé en amont… Nous avons détaillé tout cela dans notre livre blanc : https://dialoog.fr/livre-blanc-reussir-son-questionnaire/
      Malheureusement, ces conditions sont sont loin d’être toujours vérifiées. Dans ce cas, mieux vaut donc faire preuve d’humilité et laisser les participants “écrémer” eux-mêmes les dernières failles du questionnaire en leur laissant une certaine latitude.

      J’ajoute au passage qu’un questionnaire n’est pas figé, et peut évoluer en fonction des réponses des premiers participants ! (notamment si le questionnaire n’a pas été pré-testé) Questions reformulées, ajoutées ou supprimées… Tout est permis tant que cela ne gène pas l’exploitation des résultats.

      Bien cordialement,

      Pierre Simonnin

Commentaires

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